Chronique des sentiments d'Alexander Kluge

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Chronique des sentiments d'Alexander Kluge

Messagepar valdok » Sam 03 Nov 2012 16:00

Alexander Kluge est un cinéaste majeur du Nouveau cinéma allemand des années 70 et son nom a déjà été évoqué dans la rubrique cinéma de ce forum, mais c'est aussi un penseur très influencé par le philosophe Théodor W Adorno .
http://fr.wikipedia.org/wiki/Theodor_W._Adorno

Je reprends la formule choisi das le livret de présentation de la pièce radiophonique pour décrire Alexandre Kluge medienpolitischer Initiator, ständiger kritiscer Beobahter und Beglleiter des bundesrepublikanischen Lebens.
=====Il a initié la politique médiatique, il observe et accompagne en permanence d'un œil critique la vie en république fédérale.

Je n'ai pas encore terminé d'écouter la pièce radiophonique tirée de l'essai "Chronik der Gefühle" mais je souhaiterais déjà vous présenter cette œuvre .

Mauvaise nouvelle, il vaut mieux être un germaniste un peu expérimenté pour écouter la pièce radiophonique, mais bon l'enthousiasme aidant un germaniste passionné peut y accéder.
Bonne nouvelle, pour ces personnes vous n'avez pas besoin de l'acheter car les principaux textes se trouvent sur le lien ci dessous :

http://www.br.de/radio/bayern2/sendungen/hoerspiel-und-medienkunst/schwerpunkte/alexande-kluge-chronik-der-gefuehle100.html

Bonne nouvelle pour les non-germanistes , l'essai a été publié en français La Chronique des Sentiments et magnifiquement traduit par Pierre Deshusses
http://www.amazon.fr/Chronique-sentiments-Alexander-Kluge/dp/2070767361.
Donc pour les germanistes de tout poil, notamment les débutants enthousiastes et surtout intéressés par de tels sujets, pourquoi pas emprunter le bouquin en français dans votrbibliothèque préférée (je suppose que tout germanophile aime les bibliothèques où il peut se procurer un maximum de documents en langue allemande (documents audio compris) pour se faire une idée et ensuite cliquer sur le lien, non :!: :wink:


Puis cet essai a fait l'objet d'un commentaire en français qui m'a marqué , dont je cite quelques passages ci-dessous mais que vous pourrez lire dans son intégralité en cliquant sur ce lien
http://trans.revues.org/197
TRANS-4 (2007)
À quoi bon la littérature ?
..
Tobias Vincent Powald - La Chronique des sentiments de Alexander Kluge : l’héritage des
Essais de Michel de Montaigne après Auschwitz et Stalingrad le passé comme un autre
présent(iment) ?


Que j'ai partiellement recopié sur ci-dessous
1 À la différence de l’écriture de Montaigne qui devait composer avec une actualité conflictuelle,
celle de Kluge porte les traces de cette « inquiétance » (« Unheimlichkeit ») caractérisant la
« Guerre Froide », une période que le diplomate et historien russe Valentin Falin n’hésite pas
à qualifier de « Troisième Guerre Mondiale », « Guerre Froide non dépourvue d’étincelles40 »,
comme Kluge ne manquera pas de le préciser, et qui fait de la période de 1945 à 1990-1991,
de l’heure zéro au « neuf zéro41 », une durée « d’attente, de menaces et de non apprentissage ».
L’occlusion de l’avenir par l’inquiétude qu’il suscite ainsi qu’une histoire oblitérée par ces
catastrophes que l’on ne saurait voir, et rendant par là même impossible une « fuite vers le
passé », tient les individus prisonniers de l’arbitraire anonymat de leur présent.
18 Les mentalités, peu enclines à évoluer et tournées vers le « miracle économique », et dont
la reconstruction empressée de l’Allemagne ne semble vouloir effacer les marques du passé
récent qu’afin de mieux faire abstraction de ses leçons, fournissent à Kluge le prétexte et
la matière de son premier livre, paru en 1962. C’est donc dans ce contexte des procès
d’Auschwitz, vers la fin de l’ « ère d’Adenauer » dont les polémiques relevaient déjà les « airs
de restauration », soit aussi un an après le retentissant procès d’Eichmann, mais surtout un an
après la construction du Mur de Berlin, que paraît le premier ouvrage littéraire de Alexander
Kluge. Les Cours de vies, où l’auteur, muni d’une plume grinçante, d’un style dépouillé et
sans chaleur, nous replonge dans un passé menacé de déréalisation, rappellent d’emblée aux
amnésiques désireux de n’entendre que de belles histoires (« N’auriez-vous pas d’histoire plus
réjouissante42 ? »), que la vie actuelle des personnes ne s’explique point sans la replacer dans
la tradition entière de cette « triste histoire43 » qu’est l’histoire allemande. Cet ancrage dans le
passé, dépendance symptomatique dont les textes de Kluge sont imprégnés, est très sensible
dans les premières lignes d’un récit comme « Anita G.44 » où se prolonge comme nécessaire


Je termine par la préface du Hörspiel faite par l'auteur lui-même sur le livret de la pièce audio et ma traduction à titre indicatif que vous aurez tout loisir d'améliorer si vous le souhaitez.
Mais mon propos n'est pas la traduction littéraire en langue allemande.

„Die Gefühle sind die wahren Einwohner der menschlichen Lebensläufe. Von ihnen kann man sagen,

==========Les sentiments seuls peuplent réellement le cours de la vie humaine. C'est par eux que l'on peut ressentir
was man von den Kelten (mehrheitlich unsere Vorfahren) gesagt hat: sie sind überall, man sieht sie
============= ce qu'aurait pu être les pensées d'un Celte (nos ancêtres pour la majorité d'entre-nous)
nur nicht.
===========Les sentiments sont partout, et pas seulement par la vision que l'on en a
Die Gefühle beleben (und bilden) die Institutionen, sie stecken in den Zwangsgesetzen, in den
glücklichen Zufällen, agitieren an den Horizonten, bewegen sich über diese hinaus bis in die Galaxien. Sie finden sich in allem, was uns angeht.
=========Les sentiments animent (et forment) les institutions, on les retrouve dans la contrainte des lois, les moments heureux. Ils se pointent à l'horizon et franchissent les limites de la galaxie. On les retrouve dans tout ce qui nous concerne.

Was Menschen brauchen in ihren Lebensläufen, ist Orientierung. So wie Schiffe navigieren. Die subjektive Orientierung: Worauf kann ich vertrauen? Wie kann ich mich schützen? Was muß ich fürchten? Was hält freiwilige Taten zusammen? - das ist die zugrundbeliegende Strömung, die sich durch Zeitablauf allein nicht ändert und die wahre Chronik bildet?
==========Les êtres humains ont besoin d'orienter le cours de leur vie à la façon dont naviguent les bateaux. Il s'agit d'une orientation subjective : En quoi puis-je me fier? Comment puis-je me protéger? De quoi faut-il que j'ai peur? En quoi les actes volontaires nous unissent ? Est-ce un courant sous-jacent (fondamental) qui tout en ne changeant pas à lui seul le cours du temps, en constitue sa véritable chronique?

Was haben wir von 1945 über die Spiegel-Krise 1962, den Aufbruch von 1968, den Beinahe-Dritten-Weltkrieg von 1981 bis 1984, über Techno, die Wiedervereinigung, Silvester 2000 nicht alles an Scheinveränderung und realen Metamorphosen erlebt (und das Gefühl, das länger empfindet, fügt Ereignisse von bis zu 6000 Jahren hinzu). Die Bibliothek von Alexandria brennt für mich noch heute. Das ist es, was ich erzählenswert finde.
============Qu' avons nous vécu, et cela ne touche pas seulement l' apparence de changement et les réelles métamorphoses, depuis 1945, de l'affaire du Spiegel de 1962
http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_du_Spiegel, du l'impulsion de nouveau départ donné par 1968, du fait d'avoir friser la Troisième Guerre Mondiale de 1981 à 1984 (*), de la techno(*), de la Réunification de notre pays, du Nouvel An 2000 (et nous pouvons ajouter à ces époques, les sentiments et toutes ces conséquences se feront ressentir pendant 6000 ans!!! ). C'est pourquoi pour moi, la bibliothèque d'Alexandrie brûle encore. C'est là la seule explication valable que je puisse trouver.
======================

Petits commentaires concernant ma traduction à titre indicatif
* je n'ai pas encore compris à quel événement des années 1981-1984 l'auteur faisait allusion, en s'inscrivant dans l'approche de « Troisième Guerre Mondiale »de Valentin Falin

* Pour techno, je ne sais pas s'il s'agit d'une allusion au mouvement musical, puisque cette abréviation existe aussi pour les Allemands ou des nouvelles technologies.
Je n'ai pas encore fini d'écouter les CD . J'espère que la fin de l'écoute me permettra de résoudre ces questions.
Ces questions me semblent intéressantes à résoudre et sans doute certains d'entre vous les ont déjà résolu. Mais comme je vous l'ai précisé, il ne s'agit pas de vous livrer un exercice de traduction, mais juste de présenter sommairement la préface que l'auteur, Alexandre Kluge a écrite dans le livret du document audio.
„Und auf dem höchsten Thron der Welt sitzen wir nur auf unserem Arsch.“

Michel de Montaigne (Werk: Essais)

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Re: Chronique des sentiments d'Alexander Kluge

Messagepar valdok » Lun 29 Avr 2013 17:31

Rétrospective - prospective Odyssée Cinéma - Alexander Kluge, du 24 avril au 03 juin 2013

Un peu difficile de faire état en peu de lignes des deux événements auxquels j'ai assisté concernant cet étonnant metteur en scène polymorphe.

Vous pouvez retrouver tout en détail en allemand sur son site
http://www.kluge-alexander.de/

Je vous parlerais brièvement des deux événements :

Au Goethe Institut : Qu'est-ce ce qui est moderne dans le poétique ?
A la cinémathèque française : Leçon de cinéma "Kluge par Kluge "
http://paris2013.dctp.tv/index.html

Je me contenterais de citer mots pour mots de la présentation que le Goethe Institut a fait de l'événement
La Cinémathèque française, en partenariat avec le Goethe-Institut, consacre une grande rétrospective à Alexander Kluge, auteur, réalisateur, scénariste, écrivain, critique infatigable de la société et des médias, « chroniqueur de l’Allemagne ». Considéré comme l’un des représentants majeurs du Nouveau Cinéma allemand (1960-1970), il produit depuis 1988 des émissions culturelles indépendantes pour la télévision privée allemande ainsi que des essais cinématographiques.


Comme cela a déjà été évoqué ici, le fil conducteur pour Alexander Kluge, c'est le Nouveau Cinéma Allemand est représenté par les signataires du Manifeste d'Oberhausen
http://www.arte.tv/fr/manifeste-d-oberhausen-a-40-ans/341240,CmC=341252.html

Pour plus d'information cliquer directement sur le lien du Goethe Institut
http://www.goethe.de/ins/fr/par/ver/fr10689705v.htm.



Ici je cite des passages de l'article du journal Le monde pour présenter l'événement
Du cinéma et de l'utopie, selon Alexander Kluge, que vous retrouverez ici :
http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/04/26/du-cinema-et-de-l-utopie-selon-alexander-kluge_3167256_3246.html
Des passages évoqués lors de la soirée au Goethe qui m'ont marqué

Kluge passe également avec armes et bagages à la télévision, où il se crée les moyens d'une totale indépendance de production grâce à la création de sa société DCTP (Development Company for Television Programing). Il y concocte depuis bientôt trente ans des programmes culturels très originaux de trente minutes destinés aux cases tardives des chaînes privées RTL et SAT1, tout en travaillant par ailleurs à la réalisation de films-essais qui sortent occasionnellement en salles mais sont destinés à une diffusion DVD ou en ligne. La perte d'aura qui en résulte pour sa carrière est compensée par la totale liberté de création dont il jouit dans sa retraite, d'où son regard rebondit sur le vaste univers, de la musique de Wagner à l'intelligence artificielle.

Interrogé sur la question, il ne fait guère de doute que ce renoncement est pour lui une reconquête : "J'ai fini par comprendre que l'auteur n'est pas aussi crucial qu'on le pense. J'ai rapetissé mon ego, je suis devenu une taupe. Je suis passé du cinéma des auteurs à la télévision des auteurs. Rien à voir avec la télévision telle qu'elle existe, ou aussi peu que ce qu'y a fait Rossellini à la fin de sa vie. Le but du jeu est d'apporter, à doses homéopathiques, et avec l'accord su spectateur sur une forte base d'improbabilité, de l'anti-télévision à la télévision".

Un rien me suffit. J'en suis resté au plaisir de cette bande de 1902 qui montre l'électrocution d'un éléphant.


Quelques titres, parmi d'autres, qui témoignent d'un cinéma de la pensée, du fragment, de l'association des lointains. Des intrigues tenues, de l'enquête sociale, du lyrisme, de la fulgurance. Godard n'est pas loin et Kluge le revendique : " l'étincelle, pour nous tous, ça a été la Nouvelle Vague, la politique des auteurs, l'invisible qui naît entre deux plans, l'idée que le cinéma était cet art total qui devenait l'opéra du vingtième siècle et permettait de comprendre."
[/quote]


Rencontre au Goethe Institut
M. Alexander Kluge commence à nous lire des extraits en allemand de son livre Dezember. Ici vous retrouverez un échantillon de lecture en allemand.
http://www.suhrkamp.de/download/Blickinsbuch/9783518224601.pdf

extraits en allemand traduit brillamment en français par une traductrice

et qui a été publié en français sous le nom de "Décembre" en Français. Pour présenter le livre, je n'ai rien trouver de mieux que de citer le court résumé qu'en a fait Amazone.de :

Réunis à Sils Maria pour une soirée de Nouvel An, le peintre Gerhard Richter et l’écrivain Alexander Kluge découvrent leur « parenté de temps » : nés tous deux en février 1932, ils ont vu le siècle avec des yeux différents mais ont porté sur lui un regard simultané. Fruit de cette rencontre, Décembre met en regard 39 histoires et 39 photographies sur le thème du mois de décembre. Richter fixe sur sa pellicule la nature hivernale des hautes montagnes, tandis que Kluge compose, en une série de textes brefs, incisifs et sombres, son almanach du siècle. Ils nous emmènent ainsi dans un étonnant voyage d'hiver à travers les temps, regorgeant de récits étranges et d’images pleines de secrets.


A laquelle je rajoute le début de présentation du magazine culturel de l'université de Liège. Il vous suffira de coller une partie de cette citation pour retrouver le lien.

Deux des plus grands artistes allemands du vingtième siècle se retrouvent pour réaliser un projet sur le
temps qui passe - et le temps qu'il fait. Il veulent montrer que, malgré leur « parenté de temps », ils portent
sur leur époque des regards différents. Alexander Kluge le dit avec des mots, Gerhard Richter avec des
images.


Si vous voulez vous faire une idée de l'ambiance d'une lecture rencontre avec Alexandre Klug,
vous pouvez cliquer sur http://www.youtube.com/watch?v=medmyVcsMdo

Extraits de films présentés, entre autre :
2007 [Multi-images pour cinq projecteurs] Alexander Kluge

Ce dialogue philosophique irrésistible où Alexander Kluge interviewe Helge Schneider : Salto Mortale der Philosophie - über das NIX und das GARNICHTS.
Helge Schneider als Igor Crantz, Clown 1. Klasse (1/2)
http://www.youtube.com/watch?v=KOSqrFJJEUA




La présentation de la cinémathèque,s'est plus ou moins déroulée ainsi :

===Pendant toute cette passionnante leçon de cinéma ont été diffusés des micro-films comme :
http://www.dctp.tv/filme/der-verschnupfte-filmstar/
http://www.dctp.tv/filme/das-lebende-denkmal/
http://www.dctp.tv/filme/das-lebende-denkmal/

le grand film Anita G (Abschied von Gestern) de 66 minutes en noir et blanc
donc vous pourrez voir des extraits ici
http://www.youtube.com/watch?v=zPVR_Rs_S_I
Il s'agit d'une jeune femme juive de la RDA qui fuit la RDA. Lorsqu'elle arrive en RFA, la valise à la main, elle va de rencontre en rencontre et se rend compte que la RFA tant rêvée est un pays étranger.

Puis il y eut aussi cette surprise, die Patriotin, cette enseignant d'histoire qui veut convaincre les députés de modifier les manuels d'histoire allemand, car les élèves sont trop déprimés
http://www.premiere.fr/film/Die-Patriotin-631774

Pour finir, des micro-films avec :
- Montrant les différentes sortes de baisers
- Un éléphant que l’on électrocute
- Une leçon de séduction avec un pseudo Casanova
- des femmes soldats nord-coréennes défilant au pas de l'oie Der Stechschritt ou plus exactement preußischer Paradeschritt en allemand, suivi de Peter Berling, affublé d’un costume affublé d'un pseudo uniforme d’un médecin de l’armée russe . Il nous explique combien que le pas de l'oie est nuisible à la santé. Puis des danseuses de ballet, leur pied enfermée dans leur ballerine . Une comparaison la danse feinte par les pas les militaires pour desservir la force et le pouvoir, la danse pour montrer la grâce, mais un asservissement du corps.
„Und auf dem höchsten Thron der Welt sitzen wir nur auf unserem Arsch.“

Michel de Montaigne (Werk: Essais)

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