50 ans : entretien croisé B. Cazeneuve et M. Link

Discutons ensemble des relations entre nous et entre nos pays.

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50 ans : entretien croisé B. Cazeneuve et M. Link

Messagepar Sonka » Lun 21 Jan 2013 19:26


« Nous avons toujours une longueur d’avance »

Chargés de la coopération franco-allemande par leur gouvernement respectif, le Français Bernard Cazeneuve, ministre délégué pour l’Europe (tout en ayant voté en 2005 contre le traité constitutionnel européen) et son homologue allemand Michael Link plaident pour la consolidation de l’amitié entre les deux nations.

Aujourd’hui encore, on est saisi d’un frisson lorsqu’on écoute le général de Gaulle prononcer son célèbre discours à la jeunesse allemande, à Ludwigsburg le 9 septembre 1962 : (Sie sind) “Kinder eines großen Volkes “(Vous êtes “les enfants d’un grand peuple “). Nous sommes loin aujourd’hui d’un tel pathos. Que peut faire la politique pour remettre de l’émotion dans l’amitié franco-allemande ?

Michael Link : L’émotivité de l’époque s’explique par le fait que la guerre était encore si récente, les armes s’étaient tues depuis seulement 17 ans. Alors qu’aujourd’hui, nous nous trouvons confrontés au prosaïsme du train-train quotidien. Mais cela ne veut pas dire que notre amitié serait moins cordiale, au contraire. Vous avez raison : il faut donner constamment de nouvelles impulsions à l’amitié franco-allemande. Et la meilleure façon d’y parvenir, c’est de passer par des expériences vécues, personnelles. Nous devons développer de nouvelles formes d’échanges. Autrement dit : promouvoir la prise de contact directe et émotionnelle avec l’autre.

Bernard Cazeneuve : Nous avons une responsabilité particulière dans l’Histoire. Nos deux pays, qui se sont affrontés jadis, ont transformé l’Europe en un projet qui pose une espérance. Nous voulons approfondir la relation franco-allemande et préparer les cinquante années à venir.

La meilleure façon de l’approfondir consiste à promouvoir des actions concrètes, par exemple une coopération économique. Nombre de régions allemandes souffrent d’une pénurie d’apprentis alors que le chômage des jeunes s’élève en France à 23 %. Ne pourrait-on pas imaginer un marché commun de places d’apprentissage ?

Cazeneuve : La coopération transfrontalière fonctionne bien aujourd’hui. Continuons ! De jeunes Français et Allemands doivent pouvoir faire leurs études dans une université du pays voisin. Les diplômes doivent être reconnus mutuellement…

Link : … tout à fait d’accord ! Des partenariats en matière de formation font partie de nos tâches les plus essentielles.

En 2003, le couple Chirac-Schröder a donné aux Allemands la possibilité d’acquérir la nationalité française sans perdre la leur. Pour les 50 ans du Traité de l’Élysée, avez-vous également quelques idées cadeaux en tête ?

Cazeneuve : Des cadeaux ? (Rires). En 2003, la situation était totalement différente. Aujourd’hui, nous sommes plongés dans une crise. Il ne s’agit pas pour nous de faire des cadeaux, nous cherchons à trouver des compromis solides pour surmonter la crise.

Link : Rien à ajouter !

Nous avons besoin de symboles, afin d’expliciter l’importance de l’amitié franco-allemande aux citoyens. Le 22 janvier, les parlements des deux pays se rencontrent à Berlin. Des voix critiquent le coût de cette visite…

Link : La décision d’une telle rencontre appartient bien évidemment aux parlements. Mais je vous dis en tant que député : il serait mesquin que nous n’arrivions pas à réaliser ces retrouvailles solennelles. Elles constituent un signal unique en son genre, que donne ici le Bundestag : ce n’est avec aucun autre parlement que nous entretenons un lien aussi étroit. D’où ma devise : “l’Allemagne et la France ont toujours une longueur d’avance !’’

Cazeneuve : Si nos parlements souverains souhaitent se rencontrer le 22 janvier, nous, acteurs gouvernementaux, n’allons pas les en dissuader. De ces retrouvailles solennelles pourraient naître des sessions de travail communes.

La bataille du siège du Parlement européen fait rage. Envisagez-vous une initiative commune pour consolider la place de Strasbourg capitale de l’Europe ?

Cazeneuve : La place de Strasbourg comme capitale européenne n’est pas négociable. Le gouvernement est très déterminé. Il y a des traités. Il convient de les respecter !

Link : Le langage des traités est très clair. Le Parlement européen a son siège à Strasbourg.

De Gaulle a maîtrisé l’allemand : les politiciens, ne devraient-ils pas plus souvent parler la langue du voisin, pour marquer les esprits ?

Cazeneuve (en allemand) : Es gibt zu viele Leute, die nicht deutsch sprechen. Wir müssen deutsch lernen in der Schule. Ich lerne deutsch. (Il y a trop de gens qui ne parlent pas allemand. Nous devons apprendre l’allemand à l’école. Moi, j’apprends l’allemand.)

Link : … et nous deux, à chaque rencontre, nous parlons davantage allemand ( M. Link parle couramment français ; ndlr). Tu as passé l’été dernier à Berlin. Et moi, déjà en tant qu’élève, j’étais souvent en échange scolaire à Béziers. Mais je dois l’avouer : c’est en Suisse romande que j’ai vraiment intensifié mon apprentissage du français. D’où parfois mon léger accent helvétique.

Monsieur Link, que peuvent apprendre les Français des Allemands ?

Nous n’avons pas besoin de nous donner mutuellement des leçons.

Que devraient alors apprendre les Allemands des Français ?

La compatibilité entre famille et travail. Un sujet important qui a été abordé en France beaucoup plus tôt et avec beaucoup plus d’énergie. La natalité en montre le succès. Dans ce domaine, la France a une nette longueur d’avance sur nous.

Monsieur le ministre, que peuvent apprendre les Allemands des Français ?

Cazeneuve (après un moment de réflexion) : Les Allemands peuvent apprendre des Français un art de vivre, et les Français des Allemands un art de penser.

Qu’appréciez-vous le plus en France, Herr Link ?

Link : J’admire la culture viticole française. Elle survit à toutes les modes venues du Nouveau monde.

Et qu’appréciez-vous en Allemagne, Monsieur le ministre ?

La musique, la profondeur de l’œuvre de Jean-Sébastien Bach, l’intensité d’une culture.

Nous avons une proposition concrète afin de rendre visible les liens étroits entre nos deux États. Pourquoi ne pas échanger vos voitures de fonction ? Une Peugeot pour le ministre allemand à Berlin et une Mercedes ou une BMW pour son homologue à Paris

Link : Ce serait sans doute un merveilleux symbole, auquel je n’ai encore jamais pensé. De surcroît, Peugeot est originaire de Montbéliard, le Mömpelgard wurtembourgeois ! Mais on fabrique des Audi, l’A6 et l’A8, dans ma circonscription, difficile de penser à une autre marque allemande alors…

…donc une Audi pour vous Monsieur Cazeneuve. Qu’en pensez-vous ?

Lorsque nous aurons une politique industrielle européenne avec des marques européennes, ces questions ne se poseront plus. C’est à cela que nous pouvons travailler, pour la réindustrialisation et l’emploi sur notre continent.

Propos recueillis par Klaus GASSNER (Badische Neueste Nachrichten) et Peter PFEIL (DNA)

Source : Dernières Nouvelles d'Alsace, édition du 19.01.2013


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