Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

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Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Lexiastein » Jeu 16 Fév 2017 10:02

Bonjour à tous !

Je tenais à partager ici un texte que j'ai écrit il y a quelques mois pour relater ma première expérience réelle de bénévolat qui s'est déroulée lors de la vague d'arrivée de réfugiés à l'automne 2015, en Allemagne. Cette expérience a changé ma vie et ma vision des choses, et les rencontres que j'ai faites m'ont convaincu de poser définitivement mes valises ici, dans la cosmopolite et ouverte Hambourg !


Hambourg, septembre 2015. Après que Merkel a affirmé la volonté d'accueillir les réfugiés, notamment de Syrie, ce sont plusieurs centaines de réfugiés irakiens, iraniens, afghans, kurdes, érythréens mais surtout syriens qui arrivent à la gare centrale de Hambourg, le plus souvent en provenance de Munich, après avoir effectué un voyage éprouvant de trois semaines en moyenne. Des familles, femmes seules, hommes seuls, femmes seules avec leurs enfants, hommes seuls avec leurs enfants, mineurs non accompagnés arrivent dans l'espoir de pouvoir rester en Allemagne ou partir vers la Suède, le Danemark et la Finlande.

Face à l'afflux de réfugiés, une équipe de bénévoles s'est formée au début du mois de septembre à la gare centrale de Hambourg. Vingt quatre heures sur vingt quatre, des bénévoles portant une veste fluo et une pancarte se relaient pour écumer les trains en provenance du sud de l'Allemagne et orienter les nouveaux arrivants. On installe un comptoir sous les grands escaliers à l'intérieur de la gare, où l'on distribue des denrées alimentaires ou de l'eau, provenant exclusivement de dons. Les églises, les mosquées et le théâtre environnants ouvrent leurs portes le soir pour accueillir les réfugiés durant la nuit.

Le temps des tentes…
Courant septembre, le Paritätische Wohlfahrtsverband, entreprise à but non lucratif, met deux tentes à disposition. Par la suite, il y en aura quelques autres de plus. Elles seront installées sur la Hachmannplatz, côté sud de la gare centrale. Les tentes permettent de mieux organiser la prise en charge des besoins primaires des réfugiés. Durant leur voyage, ils ont souvent été sous-alimentés. Ils arrivent souvent en vêtements d'été et il arrive que les enfants n'aient pas de chaussures, ou alors de simples tongs. Les diverses équipes de bénévoles organisent donc différents espaces de la façon suivante : une tente pour la distribution de vêtements, une tente repos pour les hommes, une tente repos pour les femmes, une tente avec permanence médicale bénévole, une tente restauration. Tous ces espaces fonctionnent de manière bénévole et reposent sur des dons. Ils sont ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

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Les tentes sur la Hachmannplatz. Crédits photo : Hamburger Abendblatt

Les familles étant nombreuses, la nécessité d'avoir un espace dédié aux enfants et nourrissons, dans lequel ils peuvent jouer, se reposer, ou être allaités, se fait sentir. C'est alors que trois femmes hambourgeoises prennent l'initiative de créer le Babymobil dans un bus mis à disposition par l'entreprise de transports publics hambourgeois (HVV), stationné sur la Hachmannplatz. Quelques semaines plus tard, Babymobil aura sa propre tente. La garde d'enfants en journée sera assurée par des éducateurs du Paritätischer Wohlfahrtverband de 10 heures à 16 heures et par les bénévoles de Babymobil de 16 heures à 22 heures. Cette tente est destinée aux enfants mais aussi aux mamans qui peuvent se reposer, dormir, se restaurer et recharger leur téléphone.

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Le bus de Babymobil. Crédits photo : Page Facebook de Babymobil

Parmi les bénévoles actifs à la gare centrale de Hambourg, on rencontre tous types de personnes. Etudiants, actifs, retraités, mais aussi des réfugiés qui sont arrivés quelques mois ou années plus tôt et qui souhaitent participer à l'accueil des nouveaux arrivants et aider pour la communication par la traduction. Ici, le rôle de chacun est repérable grâce à la couleur de sa veste. Les vestes bleues sont pour les traducteurs (farsi/arabe/dari), les vestes vertes pour les bénévoles de la garde d'enfants, les vestes jaunes pour les bénévoles du ravitaillement et les vestes oranges pour les bénévoles qui coordonnent les différents pôles.

La découverte de Babymobil, havre de paix pour femmes et enfants

Je suis arrivée en Allemagne le 1er octobre 2015. Travaillant à 60 kilomètres de Hambourg, je prends le train pour aller au travail à 6 heures du matin. Lorsque j'arrivais à la gare vers 5h40, je voyais les bénévoles mettre en place le stock de denrées alimentaires pour le jour-même, repérer l'heure d'arrivée des trains en provenance de Bavière, nettoyer les tentes. Je voyais des réfugiés dormir à même le sol, sur des bouts de carton. Et un jour, à la mi-novembre, je n'ai plus supporté de regarder et de ne rien faire.
C'est alors que j'ai pris contact avec Babymobil qui recherchait des bénévoles pour assurer les équipes de 16 heures à 22 heures, sept jours sur sept. Ni une ni deux, on me propose une scéance de formation, un mercredi à 18 heures. J'arrive à l'heure prévue, je me faufile entre les bénévoles et les réfugiés pour accéder à la tente de Babymobil. Nous sommes dix à être venues. Il y a au minimum trois séances de formation par semaine, assurée par les trois fondatrices de l'initiative. Dans notre groupe, il y a des étudiantes, des jeunes femmes actives et des retraitées. Il s'agit uniquement de femmes car le Babymobil a exclu toute présence masculine jusqu'à février 2016, tant du côté bénévole (sauf pour les traductions de manière ponctuelle) que du côté des réfugiés masculins, qui devaient rester hors de la tente.

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La tente destinée aux femmes et enfants. Crédits photo : Radio Hamburg

Nous rentrons dans la tente : il fait chaud, l'air est lourd. Il y a deux tables auxquelles quelques enfants, encore vêtus de leurs manteaux et de leurs bonnets, dessinnent. Les mamans se reposent sur un banc, le regard dans le vide. La formation va vite. On nous fait part des consignes générales : on se désinfecte les mains à l'entrée et à la sortie de la tente, on ne laisse pas les enfants sortir de la tente sans un des parents, on ne change pas les enfants nous-mêmes mais donnons le nécessaire aux mamans. Tous les soirs, à 22 heures, après avoir nettoyé la tente, il faudra traverser toute la gare et porter les stocks de couches et produits d'hygiène dans les locaux de la Mission de la Gare (Bahnhofsmission) où ils resteront jusqu'au lendemain matin. Après nous avoir présenté les grandes lignes, nous allons dans un café situé sur la place durant une vingtaine de minutes. La formation continue. Cornelia, notre formatrice, insiste sur la nécessité de s'assurer d'être en bonne santé et d'être à jour au niveau des vaccins avant de s'engager. Elle demande si on n'a des questions. Je n'en ai qu'une : quand est- ce que je peux commencer ?

Quelques jours plus tard, je fais ma première « Schicht », c'est-à-dire mon premier créneau à Babymobil. Je me suis inscrite pour une heure. Il y a une dizaine d'enfants. J'observe. Je ne sais pas trop ce que je dois faire. Je commence à parler avec un petit garçon. Il s'appelle Eboo, il a neuf ans et il vient d'Irak. Il parle parfaitement anglais. A partir de ce moment-là, je ne pense plus à rien et me laisse emporter par les crayons de couleur, les dés et divers pions. Je reviendrai ensuite régulièrement mais ne verrai plus Eboo : il est parti en Suède avec sa famille. Je suis toujours en contact avec lui, il va bien.

Déménagement de l'aide humanitaire aux réfugiés en transit
Janvier 2016. Le propriétaire de la Bieberhaus, grand immeuble historique situé sur la Hachmannplatz, décide de mettre à disposition gratuitement tout le premier étage pour l'aide humanitaire aux réfugiés jusqu'à août 2016. C'est une très bonne nouvelle pour nous car l'hiver s'étant installé, il était de plus en plus difficile d'être dans les tentes. Des chargés de mission du Paritätische Wohlfahrtverband sont désormais présents sur place et coordonnent la question matérielle, mais les bénévoles restent indépendants. Toutes les équipes s'installent donc dans la Bieberhaus, ouverte sept jours sur sept, de 8 heures à 22 heures. Chacun a une pièce : l'équipe d'informations, l'équipe de ravitaillement, l'équipe des vêtements, qui se divise maintenant dans deux pièces enfants/adultes. Nous avons même un local cuisine et une grande pièce pour la détente. Et surtout, un point d'eau avec des toilettes. Babymobil a hérité d'une très belle pièce, spacieuse et lumineuse.

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La pièce destinée aux enfants et aux femmes dans la Bieberhaus. Crédits photo : Site internet de Babymobil

Depuis novembre 2015, je vais au Babymobil environ deux fois par semaine pour une durée totale qui varie entre quatre et huit heures hebdomadaires. Avec deux ou trois bénévoles, nous jouons avec les enfants, nous dessinons, chantons, dansons, faisons des ateliers coiffure ou vernis à ongles. Les enfants rient, jouent, dessinent, font des comédies, mangent du chocolat, pleurent parce qu'un autre enfant leur a pris la super-voiture-de-police-qui-fait-du-bruit des mains. Bref, ils retrouvent enfin un semblant de vie d'enfant. Les mamans, bien que fatiguées, se réjouissent de voir leurs enfants s'amuser.

Entre temps, le Babymobil s'est structuré. Les coordinatrices ont crée un partenariat avec le Kinderschutzbund, association à but non lucratif chargée de la protection de l'enfance, qui donne un cadre juridique à nos interventions. Pour s'engager auprès de Babymobil, il faudra désormais faire une demande d'extrait approfondi de casier judiciaire (Erweitertes polizeiliches Führungszeugnis). Cette mesure s'étendra en mars 2016 à tous les bénévoles de la Bieberhaus.

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Quelques babymobileuses. Nous sommes 120 au total. Crédits photo : Site internet de Babymobil

La fin

Mars 2016. L'Union Européenne ayant décidé de fermer les frontières de l'Europe forteresse, les réfugiés ne peuvent plus venir jusqu'en Allemagne et sont bloqués aux frontières de l'Union Européenne, notamment à Idomeni, dans la boue et la plus grande vulnérabilité. Il n'y a plus de réfugiés en transit ou nouveaux arrivants à la Bieberhaus. Le Paritätischer Wohlfahrtverband décide donc d'arrêter d'organiser l'aide humanitaire à la gare centrale. L'aventure Babymobil s'arrête donc ici.

J'ai en tête chaque enfant que j'ai rencontré. Certaines familles m'ont davantage marquées que d'autres. Je me souviendrai toute ma vie de deux familles avec lesquelles j'ai partagé des moments très forts. Une famille kurde composée de la maman et ses trois enfants, qui est restée presque un mois en attendant les papiers nécessaires pour partir en Suède, rejoindre le papa et le frère qu'ils n'avaient pas vus depuis des mois. Ils sont désormais réunis au sein d'un hébergement dans un village suédois où les enfants disposent d'une grande pelouse pour jouer. Je me rappellerai toujours cette famille irakienne, restée plus d'un mois, composée du papa et de ses trois filles, souhaitant partir en Finlande retrouver la maman. N'ayant pas réussi à passer la frontière finlandaise, ils sont tous retournés à Bagdad. Je suis en contact régulier avec eux et ils vont bien.

Les moments que j'ai passés auprès des réfugiés ont toujours été des moments intenses et chargés d'émotions. J'ai beaucoup connu la joie. J'ai connu la joie lorsque j'ai vu les enfants rire et les mamans se détendre et rire à leur tour. Mais j'ai aussi connu l'effroi, lorsqu'un bébé de quatre mois, fragile et sous-alimenté, a arrêté de respirer et qu'il a du être emmené à l'hôpital (il va bien aujourd'hui), lorsque l'on a perdu un enfant (il a été retrouvé un quart d'heure plus tard), et lorsque, du temps des tentes, une maman était partie aux toilettes sans nous prévenir et a mis un certain temps à revenir, ce qui a éveillé la pensée en nous qu'elle était partie sans ses enfants restés dans la tente, ce qui n'était pas le cas. J'ai aussi connu la tristesse lors des adieux déchirants avec certains enfants desquels j'étais proche.

Cette expérience a été très enrichissante pour moi et m'a beaucoup marquée. Je me suis débarrassée de beaucoup de préjugés que j'avais sur les civilisations orientales et l'islam en côtoyant les réfugiés et en échangeant avec eux. J'ai également fait de belles rencontres grâce à Babymobil, qui ont évolué vers des amitiés. L'implication des citoyens allemands dans l'aide aux réfugiés, que ce soit à la gare centrale ou dans de nombreux autres endroits comme les camps, les cafés linguistiques, les hangars de stockage de vêtements, défendant les valeurs d'humanité et d'altruisme, m'a profondément touchée. J'ai appris beaucoup sur moi-même et sur le monde durant ces quatre mois au sein de Babymobil. Mes amies babymobileuses se sont déjà engagées à nouveau au sein de camps, où elles organisent des ateliers de danse pour les enfants ou des ateliers de jeux. D'autres font partie du Teemobil, et vont de camps en camps en camionnette pour proposer du thé et des gâteaux. Moi, j'ai besoin de laisser passer un peu de temps avant de m'engager à nouveau dans un nouveau concept.

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar edwin » Jeu 16 Fév 2017 11:01

:merci:
le vent se lève, il faut tente de vivre

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar michelmau » Jeu 16 Fév 2017 11:48

Un grand merci pour cet intéressant et touchent témoignage , Lexiastein et bravo à tous ces bénévoles qui donnent de leur temps pour venir en aide à des gens qui ont connu l'enfer dans leurs pays respectifs. :respect:
L'harmonie est un équilibre fragile. Pour y contribuer, respectez activement les règles de bonne conduite.

„Den leeren Schlauch bläst der Wind auf, den leeren Kopf der Dünkel.“
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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar gici » Jeu 16 Fév 2017 12:37

bravo !!
c'est la vie

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Sonka » Jeu 16 Fév 2017 22:50

Bravo Lexiastein et merci pour ton témoignage !
L'harmonie est un équilibre fragile. Pour y contribuer, respectez activement les règles de bonne conduite.

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar valdok » Ven 17 Fév 2017 10:02

:top: :top: :top: Lexiastein, l'hambourgeoise :wink: . Ce reportage est très bien écrit et illustré, un vrai travail de pro!!!! et surtout ton action concrète auprès de ces réfugiés de la guerre est temarquable.
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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Lexiastein » Ven 17 Fév 2017 22:50

Merci pour vos gentils messages ! Par ce petit texte, je voulais simplement donner un petit aperçu de la solidarité dont les Hambourgeois font preuve ! L'exemple de Babymobil à la gare centrale n'est qu'un petit maillon d'une grande chaîne ! Il y a des initiatives bénévoles dans la plupart des centres d'hébergement... On compte 22 000 réfugiés à Hambourg, dont environ 20 000 hébergés dans des structures d'accueil. On compte 2500 réfugiés mineurs non accompagnés. Les centres d'hébergement de Hambourg proposent environ 37 000 places. Pour avoir un petit aperçu de la densité de l'offre d'hébergement pour réfugiés, allez faire un petit tour ici : http://www.hamburg.de/fluechtlingsunterkuenfte/

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Lexiastein » Jeu 02 Mar 2017 17:07

Une petite vidéo toute récente dédiée au projet hambourgeois Welcome Dinner. Il s'agit d'inviter des réfugiés à partager un repas à la maison. Pour cela, on remplit une demande de mise en contact sur le site Welcome Dinner en se présentant et on est mis en contact avec des personnes seules, couples ou familles :grin:
J'ai trouvé la vidéo très rigolote : https://www.youtube.com/watch?v=C8IYXlsbzaU
Il y a des sous-titres en français :)

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar michelmau » Jeu 02 Mar 2017 17:12

Super la video : pleine d'humour et de tendresse. :D
L'harmonie est un équilibre fragile. Pour y contribuer, respectez activement les règles de bonne conduite.

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar valdok » Jeu 02 Mar 2017 19:17

Je pense qu'il doit avoir des jeunes filles allemandes ou non qui auraient bien aimé que leurs parents invitent ce très joli garçon pour un diner de bienvenue :wink: :wink:
C'est une image très positive qui est donnée, très tendre en effet et c'est très bien....

Mais bon, tous les réfugiés ne ressemblent pas à ce sympathique jeune homme très rassurant parlant déjà assez bien l'allemand,..... Pour parodier les propos d'un certain politicard de l' AfD au sujet du footballeur métisse allemand Jerome Boateng. Je pense que "presque tous les Allemands aimeraient n'avoir que des personnes comme ce jeune garçon, déjà pratiquement intégré comme réfugié en Allemagne)" :vamp: .Et les autres ?????
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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Lexiastein » Jeu 02 Mar 2017 20:56

valdok a écrit:Mais bon, tous les réfugiés ne ressemblent pas à ce sympathique jeune homme très rassurant parlant déjà assez bien l'allemand,..... Pour parodier les propos d'un certain politicard de l' AfD au sujet du footballeur métisse allemand Jerome Boateng. Je pense que "presque tous les Allemands aimeraient n'avoir que des personnes comme ce jeune garçon, déjà pratiquement intégré comme réfugié en Allemagne)" :vamp: .Et les autres ?????

Oui, c'est une remarque que l'on entend régulièrement, et qui entend balayer d'un revers de main toutes les variables en jeu dans l'apprentissage de la langue. Pour parler de ce que je connais concrètement :

Les réfugiés syriens sont en général ceux qui ont la meilleure connaissance de l'allemand car c'est sur eux que s'est concentrée la plus grande partie des moyens financiers accordée aux réfugiés. Ils obtiennent quasi systématiquement une place dans des cours d'intégration, ce qui n'est pas le cas pour les afghans (surtout actuellement, situation très compliquée), les irakiens et les palestiniens (pour ce que je connais). ll y a donc la variable du traitement des dossiers selon la nationalité.

Parmi les réfugiés présents en Allemagne comme parmi la population allemande, il y a des très jeunes, des jeunes, des moins jeunes et des seniors. Les très jeunes et les jeunes parlent en général très bien allemand, les très jeunes parce que le jeune âge favorise l'apprentissage rapide des langues étrangères, et les jeunes parce qu'ils maîtrisent déjà une langue étrangère ou ont fait des études. Il y a donc la variable de l'âge.

Dans les cours d'intégration, il y a de tout au niveau des professeurs (des expérimentés, des personnes qui n'ont pas été formées pour cela), ce qui rend la qualité de l'enseignement très fluctuante. Toutes les écoles de langue ne se valent pas, et cela se ressent sur le niveau des élèves. Il y a donc la variable de l'école de langue et de l'enseignant.

Ensuite, comme pour nous individuellement, il y a des profils qui n'auront pas de problème avec les langues et d'autres qui galèrent pour l'apprentissage des langues étrangères. Tandis qu'une amie syrienne a atteint le niveau B2 en 8 mois d'apprentissage, un autre ami syrien a atteint le B1 en deux ans (il est également plus vieux). Il y a donc la variable du profil, qu'il ne faut pas oublier - on a tendance à être moins tolérant et exigeant avec eux, en oubliant nos propres difficultés face à la langue. Quand je parle arabe avec eux, avec mon modeste niveau, je comprends que ce n'est pas facile.

Il y a par ailleurs les problématiques familiales, notamment les cas de familles avec enfant. Si on a des enfants qui ont moins de six ans, ils ne peuvent pas aller à l'école donc il faut avoir une solution de garde. Or à Hambourg, 5 heures de garde par semaine sont offertes dans les Kindergarten. Pas plus. C'est donc compliqué de se rendre aux cours si on n'a pas de possibilité de garde. Des connaissances organisent des cours d'allemand bénévolement une à deux fois par semaine dans un local (et c'est aussi un problème - le manque de cours d'allemand institutionnel et le développement d'un bénévolat massif pour combler le manque) pendant que des bénévoles s'occupent des enfants dans une pièce adjacente. Il y a donc la problématique de la garde d'enfant.

Par ailleurs, 80% des réfugiés à Hambourg vivent dans des centres d'hébergement - tentes, gymnases, centres d'hébergement en dur, containers - parmi d'autres réfugiés, et profitent ainsi de peu d'input pour apprendre et pratiquer la langue allemande. Cela n'aide pas. La problématique du logement joue un grand rôle dans l'évolution du niveau de langue. Un copain syrien qui a vécu en colocation a vu son niveau d'allemand monter en flèche.

Ce qui aide pour améliorer son niveau de langue, c'est aussi de travailler. Les réfugiés doivent demander l'autorisation de travailler et reçoivent très peu d'aides - voire plus aucune - une fois qu'ils commencent à travailler, même en minijob (450 euros par mois). Il est inutile de préciser qu'il est très compliqué pour eux de trouver un travail... Je connais un jeune homme avec lequel j'ai parlé anglais pendant un an, que je n'ai pas vu pendant six mois et qui a travaillé dans un restaurant entre temps - lorsque l'on s'est revus, on n'a parlé qu'en allemand. Le travail, cela aide non seulement à apprendre l'allemand et le pratiquer, mais c'est aussi une motivation en plus pour l'apprendre et cela donne le sentiment de faire partie de la société dans laquelle on vit. Malheureusement peu de réfugiés en font l'expérience actuellement. Il y avait un article du Monde sur ce sujet récemment.

Enfin, et c'est un facteur qui pèse énormément sur la réussite linguistique, de nombreux réfugiés, pour ne pas dire tous, sont dans un état de stress permanent du à la présence de leur famille dans le pays d'origine et les déboires administratifs pour les faire venir. Actuellement, il faut compter deux ans d'attente pour obtenir un RDV à l'ambassade d'Allemagne à Beyrouth prenant en charge les dossiers syriens. J'ai des amis qui sont tellement angoissés à cause des visas à obtenir, à renouveler, à cause du manque d'eau à Alep où la famille est, à cause du fait qu'ils n'arrivent pas à rassembler les 8000 euros sur un compte bloqué pour la demande de visa, etc, etc, qu'ils ont comme une barrière dans la tête qui ne les rend pas disponibles pour un apprentissage efficace de la langue.

Bref, ce petit tableau non exhaustif de ce que je peux dire sur le sujet de part mes relations avec des personnes réfugiées et mon engagement hebdomadaire dans un centre d'hébergement où sont logés 300 réfugiés. :respect:

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar valdok » Jeu 02 Mar 2017 22:02

Je comprends très bien ton engagement. Mais cependant je dois dire que mon expérience berlinoise me refroidit assez sur le soit disant accueil de bienvenu des migrants,
Migrants pour moi cela veut dire toute personne venant d'un autre pays quelque soit ses motifs ou sa couleur de peau. Dans l'imaginaire de certaines personnes en Allemagne; migrants cela signifie basané ou noir de peau de religion musulmane principalement. De plus migrants est associé à économique,
Mais bon pourquoi ne pourrait-on pas venir dans un oays pour fuirer la misère??? Comme des Allemands l'ont fait en Amérique d'ailleurs. Pourquoi faut-il représenter un beau jeune homme à l'allemand parfait pour convaincre les gens d'accueillir des réfugiés ou même des migrants tout simplement???
C'est cela que je trouve dommage, malgré la générosité de la démarche que je salue.
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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Lexiastein » Jeu 02 Mar 2017 23:37

Je suis d'accord avec toi. La perception générale des migrations est que les personnes issues de pays riches à fort poids économique sont les bienvenues partout, alors que ce n'est pas le cas pour les autres.

Cela me rappelle une altercation avec une dame dans le métro à Hambourg il y a deux mois. Des arabophones discutaient dans le métro. La dame, d'une soixantaine d'années assise à côté de moi, m'a soufflé : "bientôt, on pourra compter les allemands sur les doigts d'une main". Très surprise, je lui ai demandé de répéter et elle m'a dit "oui, il y a tellement d'étrangers ici", avec un air de dégoût. Je lui ai alors dit que moi aussi, j'étais étrangère. Elle m'a demandé d'où je venais. Lorsque j'ai dit que j'étais française, elle m'a dit : "ah, ben vous, ça va alors ! Ah la France... Ma fille étudie à Nancy et j'adore Paris". Choquée, je lui dis : "Parce que vous pensez qu'il y a de bons étrangers et de mauvais ? Et ça ferait quoi si j'étais syrienne ou iranienne ?". Et là elle me coupe sèchement la parole en disant qu'il est impossible de discuter avec moi. Évidemment, il y avait pas mal de monde dans le métro, mais personne n'est intervenu. Quand je suis descendue, j'ai entendu une femme dire à sa copine que je n'étais pas du tout étrangère et que j'avais tout inventé.

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar valdok » Ven 03 Mar 2017 09:07

La scène que tu décris Lexiastein me semble à présent typiquement allemande. Il y a un côté positif Lexiastein, la réaction de cette bonne femme montre au moins que ton allemand est parfait. :mrgreen: .... Je vois cela tous les jours à Berlin: noir, si on vient de France, que l'on parle allemand et que l'on est bien habillé, cela passe. Cela fait beaucoup de condtions à mon avis.
Quant aux Allemands, je ne vois pas en quoi un migrant d'un pays africain ou du Moyen-Orient menacerait la soit disant tradition allemande quand on voit tout ces gens tatoués de partout, visage inclus, avec des trous béants aux oreilles, jusqu'aux maitresses d'école. Désolée, mais en tant qiue maman je préfèrerai une maitresse d'école portant le foulard, c'est bien plus discret. Sans compter les jeunes, garçons et filles, tous émêchés qui boivent des bouteilles de vin ou des canettes de bière dans le métro, le samedi soir alors que c'est interdit.... S'il s'agissait de réfugiés tout le monde s'offusquerait mais quant il s'agit d'Allemands tout le monde trouve cela normal, aucune réaction. Geflüchtete, Willkommen in Berlin !!:roll:
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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar bico » Sam 04 Mar 2017 14:41

Cela me rappelle une vielle histoire qui m’est arrivée le jour quand j’ai migré de Berlin à Paris.
Chargé de valise et de ma grande fierté, une machine à écrire électrique portable (les plus jeunes ne vont pas comprendre),
j’ai encombré le couloir du métro et je me suis fait engueulé par une dame.
Aussi tôt une autre dame à pris ma défense PARCE QUE elle me prenait pour un étranger.
J’avais dans mes mains un hebdomadaire français (le choque des photos).
Je ne me rappelle pas exactement ces mots, mais elle disait à l’autre dame quelque chose comme qu’elle faisait honte au peuple allemand.
Je n’ai pas pipé mot pour de pas désavouer cette dame qui a pris ma défense.
Les temps changent hélas.

PS
Tout mon respect pour ton engagement.

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