Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

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Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Lexiastein » Jeu 16 Fév 2017 10:02

Bonjour à tous !

Je tenais à partager ici un texte que j'ai écrit il y a quelques mois pour relater ma première expérience réelle de bénévolat qui s'est déroulée lors de la vague d'arrivée de réfugiés à l'automne 2015, en Allemagne. Cette expérience a changé ma vie et ma vision des choses, et les rencontres que j'ai faites m'ont convaincu de poser définitivement mes valises ici, dans la cosmopolite et ouverte Hambourg !


Hambourg, septembre 2015. Après que Merkel a affirmé la volonté d'accueillir les réfugiés, notamment de Syrie, ce sont plusieurs centaines de réfugiés irakiens, iraniens, afghans, kurdes, érythréens mais surtout syriens qui arrivent à la gare centrale de Hambourg, le plus souvent en provenance de Munich, après avoir effectué un voyage éprouvant de trois semaines en moyenne. Des familles, femmes seules, hommes seuls, femmes seules avec leurs enfants, hommes seuls avec leurs enfants, mineurs non accompagnés arrivent dans l'espoir de pouvoir rester en Allemagne ou partir vers la Suède, le Danemark et la Finlande.

Face à l'afflux de réfugiés, une équipe de bénévoles s'est formée au début du mois de septembre à la gare centrale de Hambourg. Vingt quatre heures sur vingt quatre, des bénévoles portant une veste fluo et une pancarte se relaient pour écumer les trains en provenance du sud de l'Allemagne et orienter les nouveaux arrivants. On installe un comptoir sous les grands escaliers à l'intérieur de la gare, où l'on distribue des denrées alimentaires ou de l'eau, provenant exclusivement de dons. Les églises, les mosquées et le théâtre environnants ouvrent leurs portes le soir pour accueillir les réfugiés durant la nuit.

Le temps des tentes…
Courant septembre, le Paritätische Wohlfahrtsverband, entreprise à but non lucratif, met deux tentes à disposition. Par la suite, il y en aura quelques autres de plus. Elles seront installées sur la Hachmannplatz, côté sud de la gare centrale. Les tentes permettent de mieux organiser la prise en charge des besoins primaires des réfugiés. Durant leur voyage, ils ont souvent été sous-alimentés. Ils arrivent souvent en vêtements d'été et il arrive que les enfants n'aient pas de chaussures, ou alors de simples tongs. Les diverses équipes de bénévoles organisent donc différents espaces de la façon suivante : une tente pour la distribution de vêtements, une tente repos pour les hommes, une tente repos pour les femmes, une tente avec permanence médicale bénévole, une tente restauration. Tous ces espaces fonctionnent de manière bénévole et reposent sur des dons. Ils sont ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

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Les tentes sur la Hachmannplatz. Crédits photo : Hamburger Abendblatt

Les familles étant nombreuses, la nécessité d'avoir un espace dédié aux enfants et nourrissons, dans lequel ils peuvent jouer, se reposer, ou être allaités, se fait sentir. C'est alors que trois femmes hambourgeoises prennent l'initiative de créer le Babymobil dans un bus mis à disposition par l'entreprise de transports publics hambourgeois (HVV), stationné sur la Hachmannplatz. Quelques semaines plus tard, Babymobil aura sa propre tente. La garde d'enfants en journée sera assurée par des éducateurs du Paritätischer Wohlfahrtverband de 10 heures à 16 heures et par les bénévoles de Babymobil de 16 heures à 22 heures. Cette tente est destinée aux enfants mais aussi aux mamans qui peuvent se reposer, dormir, se restaurer et recharger leur téléphone.

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Le bus de Babymobil. Crédits photo : Page Facebook de Babymobil

Parmi les bénévoles actifs à la gare centrale de Hambourg, on rencontre tous types de personnes. Etudiants, actifs, retraités, mais aussi des réfugiés qui sont arrivés quelques mois ou années plus tôt et qui souhaitent participer à l'accueil des nouveaux arrivants et aider pour la communication par la traduction. Ici, le rôle de chacun est repérable grâce à la couleur de sa veste. Les vestes bleues sont pour les traducteurs (farsi/arabe/dari), les vestes vertes pour les bénévoles de la garde d'enfants, les vestes jaunes pour les bénévoles du ravitaillement et les vestes oranges pour les bénévoles qui coordonnent les différents pôles.

La découverte de Babymobil, havre de paix pour femmes et enfants

Je suis arrivée en Allemagne le 1er octobre 2015. Travaillant à 60 kilomètres de Hambourg, je prends le train pour aller au travail à 6 heures du matin. Lorsque j'arrivais à la gare vers 5h40, je voyais les bénévoles mettre en place le stock de denrées alimentaires pour le jour-même, repérer l'heure d'arrivée des trains en provenance de Bavière, nettoyer les tentes. Je voyais des réfugiés dormir à même le sol, sur des bouts de carton. Et un jour, à la mi-novembre, je n'ai plus supporté de regarder et de ne rien faire.
C'est alors que j'ai pris contact avec Babymobil qui recherchait des bénévoles pour assurer les équipes de 16 heures à 22 heures, sept jours sur sept. Ni une ni deux, on me propose une scéance de formation, un mercredi à 18 heures. J'arrive à l'heure prévue, je me faufile entre les bénévoles et les réfugiés pour accéder à la tente de Babymobil. Nous sommes dix à être venues. Il y a au minimum trois séances de formation par semaine, assurée par les trois fondatrices de l'initiative. Dans notre groupe, il y a des étudiantes, des jeunes femmes actives et des retraitées. Il s'agit uniquement de femmes car le Babymobil a exclu toute présence masculine jusqu'à février 2016, tant du côté bénévole (sauf pour les traductions de manière ponctuelle) que du côté des réfugiés masculins, qui devaient rester hors de la tente.

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La tente destinée aux femmes et enfants. Crédits photo : Radio Hamburg

Nous rentrons dans la tente : il fait chaud, l'air est lourd. Il y a deux tables auxquelles quelques enfants, encore vêtus de leurs manteaux et de leurs bonnets, dessinnent. Les mamans se reposent sur un banc, le regard dans le vide. La formation va vite. On nous fait part des consignes générales : on se désinfecte les mains à l'entrée et à la sortie de la tente, on ne laisse pas les enfants sortir de la tente sans un des parents, on ne change pas les enfants nous-mêmes mais donnons le nécessaire aux mamans. Tous les soirs, à 22 heures, après avoir nettoyé la tente, il faudra traverser toute la gare et porter les stocks de couches et produits d'hygiène dans les locaux de la Mission de la Gare (Bahnhofsmission) où ils resteront jusqu'au lendemain matin. Après nous avoir présenté les grandes lignes, nous allons dans un café situé sur la place durant une vingtaine de minutes. La formation continue. Cornelia, notre formatrice, insiste sur la nécessité de s'assurer d'être en bonne santé et d'être à jour au niveau des vaccins avant de s'engager. Elle demande si on n'a des questions. Je n'en ai qu'une : quand est- ce que je peux commencer ?

Quelques jours plus tard, je fais ma première « Schicht », c'est-à-dire mon premier créneau à Babymobil. Je me suis inscrite pour une heure. Il y a une dizaine d'enfants. J'observe. Je ne sais pas trop ce que je dois faire. Je commence à parler avec un petit garçon. Il s'appelle Eboo, il a neuf ans et il vient d'Irak. Il parle parfaitement anglais. A partir de ce moment-là, je ne pense plus à rien et me laisse emporter par les crayons de couleur, les dés et divers pions. Je reviendrai ensuite régulièrement mais ne verrai plus Eboo : il est parti en Suède avec sa famille. Je suis toujours en contact avec lui, il va bien.

Déménagement de l'aide humanitaire aux réfugiés en transit
Janvier 2016. Le propriétaire de la Bieberhaus, grand immeuble historique situé sur la Hachmannplatz, décide de mettre à disposition gratuitement tout le premier étage pour l'aide humanitaire aux réfugiés jusqu'à août 2016. C'est une très bonne nouvelle pour nous car l'hiver s'étant installé, il était de plus en plus difficile d'être dans les tentes. Des chargés de mission du Paritätische Wohlfahrtverband sont désormais présents sur place et coordonnent la question matérielle, mais les bénévoles restent indépendants. Toutes les équipes s'installent donc dans la Bieberhaus, ouverte sept jours sur sept, de 8 heures à 22 heures. Chacun a une pièce : l'équipe d'informations, l'équipe de ravitaillement, l'équipe des vêtements, qui se divise maintenant dans deux pièces enfants/adultes. Nous avons même un local cuisine et une grande pièce pour la détente. Et surtout, un point d'eau avec des toilettes. Babymobil a hérité d'une très belle pièce, spacieuse et lumineuse.

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La pièce destinée aux enfants et aux femmes dans la Bieberhaus. Crédits photo : Site internet de Babymobil

Depuis novembre 2015, je vais au Babymobil environ deux fois par semaine pour une durée totale qui varie entre quatre et huit heures hebdomadaires. Avec deux ou trois bénévoles, nous jouons avec les enfants, nous dessinons, chantons, dansons, faisons des ateliers coiffure ou vernis à ongles. Les enfants rient, jouent, dessinent, font des comédies, mangent du chocolat, pleurent parce qu'un autre enfant leur a pris la super-voiture-de-police-qui-fait-du-bruit des mains. Bref, ils retrouvent enfin un semblant de vie d'enfant. Les mamans, bien que fatiguées, se réjouissent de voir leurs enfants s'amuser.

Entre temps, le Babymobil s'est structuré. Les coordinatrices ont crée un partenariat avec le Kinderschutzbund, association à but non lucratif chargée de la protection de l'enfance, qui donne un cadre juridique à nos interventions. Pour s'engager auprès de Babymobil, il faudra désormais faire une demande d'extrait approfondi de casier judiciaire (Erweitertes polizeiliches Führungszeugnis). Cette mesure s'étendra en mars 2016 à tous les bénévoles de la Bieberhaus.

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Quelques babymobileuses. Nous sommes 120 au total. Crédits photo : Site internet de Babymobil

La fin

Mars 2016. L'Union Européenne ayant décidé de fermer les frontières de l'Europe forteresse, les réfugiés ne peuvent plus venir jusqu'en Allemagne et sont bloqués aux frontières de l'Union Européenne, notamment à Idomeni, dans la boue et la plus grande vulnérabilité. Il n'y a plus de réfugiés en transit ou nouveaux arrivants à la Bieberhaus. Le Paritätischer Wohlfahrtverband décide donc d'arrêter d'organiser l'aide humanitaire à la gare centrale. L'aventure Babymobil s'arrête donc ici.

J'ai en tête chaque enfant que j'ai rencontré. Certaines familles m'ont davantage marquées que d'autres. Je me souviendrai toute ma vie de deux familles avec lesquelles j'ai partagé des moments très forts. Une famille kurde composée de la maman et ses trois enfants, qui est restée presque un mois en attendant les papiers nécessaires pour partir en Suède, rejoindre le papa et le frère qu'ils n'avaient pas vus depuis des mois. Ils sont désormais réunis au sein d'un hébergement dans un village suédois où les enfants disposent d'une grande pelouse pour jouer. Je me rappellerai toujours cette famille irakienne, restée plus d'un mois, composée du papa et de ses trois filles, souhaitant partir en Finlande retrouver la maman. N'ayant pas réussi à passer la frontière finlandaise, ils sont tous retournés à Bagdad. Je suis en contact régulier avec eux et ils vont bien.

Les moments que j'ai passés auprès des réfugiés ont toujours été des moments intenses et chargés d'émotions. J'ai beaucoup connu la joie. J'ai connu la joie lorsque j'ai vu les enfants rire et les mamans se détendre et rire à leur tour. Mais j'ai aussi connu l'effroi, lorsqu'un bébé de quatre mois, fragile et sous-alimenté, a arrêté de respirer et qu'il a du être emmené à l'hôpital (il va bien aujourd'hui), lorsque l'on a perdu un enfant (il a été retrouvé un quart d'heure plus tard), et lorsque, du temps des tentes, une maman était partie aux toilettes sans nous prévenir et a mis un certain temps à revenir, ce qui a éveillé la pensée en nous qu'elle était partie sans ses enfants restés dans la tente, ce qui n'était pas le cas. J'ai aussi connu la tristesse lors des adieux déchirants avec certains enfants desquels j'étais proche.

Cette expérience a été très enrichissante pour moi et m'a beaucoup marquée. Je me suis débarrassée de beaucoup de préjugés que j'avais sur les civilisations orientales et l'islam en côtoyant les réfugiés et en échangeant avec eux. J'ai également fait de belles rencontres grâce à Babymobil, qui ont évolué vers des amitiés. L'implication des citoyens allemands dans l'aide aux réfugiés, que ce soit à la gare centrale ou dans de nombreux autres endroits comme les camps, les cafés linguistiques, les hangars de stockage de vêtements, défendant les valeurs d'humanité et d'altruisme, m'a profondément touchée. J'ai appris beaucoup sur moi-même et sur le monde durant ces quatre mois au sein de Babymobil. Mes amies babymobileuses se sont déjà engagées à nouveau au sein de camps, où elles organisent des ateliers de danse pour les enfants ou des ateliers de jeux. D'autres font partie du Teemobil, et vont de camps en camps en camionnette pour proposer du thé et des gâteaux. Moi, j'ai besoin de laisser passer un peu de temps avant de m'engager à nouveau dans un nouveau concept.

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar edwin » Jeu 16 Fév 2017 11:01

:merci:
le vent se lève, il faut tente de vivre

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar michelmau » Jeu 16 Fév 2017 11:48

Un grand merci pour cet intéressant et touchent témoignage , Lexiastein et bravo à tous ces bénévoles qui donnent de leur temps pour venir en aide à des gens qui ont connu l'enfer dans leurs pays respectifs. :respect:
L'harmonie est un équilibre fragile. Pour y contribuer, respectez activement les règles de bonne conduite.

„Den leeren Schlauch bläst der Wind auf, den leeren Kopf der Dünkel.“
Matthias Claudius (1740-1815), dt. Dichter

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar gici » Jeu 16 Fév 2017 12:37

bravo !!
c'est la vie

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Sonka » Jeu 16 Fév 2017 22:50

Bravo Lexiastein et merci pour ton témoignage !
L'harmonie est un équilibre fragile. Pour y contribuer, respectez activement les règles de bonne conduite.

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar valdok » Ven 17 Fév 2017 10:02

:top: :top: :top: Lexiastein, l'hambourgeoise :wink: . Ce reportage est très bien écrit et illustré, un vrai travail de pro!!!! et surtout ton action concrète auprès de ces réfugiés de la guerre est temarquable.
„Und auf dem höchsten Thron der Welt sitzen wir nur auf unserem Arsch.“

Michel de Montaigne (Werk: Essais)

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Re: Un petit témoignage sur l'aide apportée aux réfugiés à Hambourg

Messagepar Lexiastein » Ven 17 Fév 2017 22:50

Merci pour vos gentils messages ! Par ce petit texte, je voulais simplement donner un petit aperçu de la solidarité dont les Hambourgeois font preuve ! L'exemple de Babymobil à la gare centrale n'est qu'un petit maillon d'une grande chaîne ! Il y a des initiatives bénévoles dans la plupart des centres d'hébergement... On compte 22 000 réfugiés à Hambourg, dont environ 20 000 hébergés dans des structures d'accueil. On compte 2500 réfugiés mineurs non accompagnés. Les centres d'hébergement de Hambourg proposent environ 37 000 places. Pour avoir un petit aperçu de la densité de l'offre d'hébergement pour réfugiés, allez faire un petit tour ici : http://www.hamburg.de/fluechtlingsunterkuenfte/

 


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